Revue de presse : Quand la protection de l’enfance déraille, se sont les jeunes qui encaissent

Des violences sur des mineurs confiés à la protection de l’Etat ? C’est la partie sombre de la protection de l’enfance en France. Les conséquences sont parfois dramatiques sur les jeunes.

Quand la protection de l'enfance déraille, se sont les jeunes qui encaissent. ©AdobeStock/Illustration
Quand la protection de l’enfance déraille, se sont les jeunes qui encaissent. ©AdobeStock/Illustration

Il a neuf ans, il s’appelle Charly. Petit corps encore, mais déjà sur le ring de la justice. Neuf ans, et déjà les coups du destin, encaissés trop tôt entre les murs d’un foyer de l’Aide sociale à l’enfance. Neuf ans, et déjà l’impression d’avoir grandi trop vite.

Le 27 octobre 2025, il a assigné l’État pour « non-assistance à personne en danger ». Parce qu’avant d’être un plaignant, Charly a été un enfant placé. Un an dans un foyer de l’ASE, dans les Alpes-Maritimes. Un an pour comprendre trop vite ce que c’est, la violence.

Le petit Charly en novembre 2025, à Paris. ©François Bouchon / Le Figaro
Le petit Charly en novembre 2025, à Paris. ©François Bouchon / Le Figaro

« On te tape, on met des vis dans les fesses… » des mots crus, insoutenables, dans la bouche d’un si jeune garçon.

Et là, les rôles s’inversent : L’enfant devient alors le plaignant, et l’institution, le défendeur.  Et ce n’est pas un cas isolé. Car derrière Charly, c’est tout un système qui vacille.

Un rapport accablant : « L’État est le premier parent défaillant de France »

Un rapport de l’ONPE, l’Observatoire national de la protection de l’enfance, publié au printemps, parle sans détour, je cite, d’« une action publique profondément et structurellement dysfonctionnelle ».

Dans ce chapitre froid, une phrase de l’association Départements de France fait l’effet d’un coup coup de massue : « L’État est le premier parent défaillant de France. »

Alors on recule d’un pas, et ce n’est plus une histoire d’enfant, mais le tableau d’un système à bout de souffle.

Partout, les alertes pleuvent, les coups durs s’enchaînent. Une mécanique que décrivent de nombreux médias : France Info, Le Monde, Libération, Le Parisien dans des faits-divers que l’on retrouve à la louche : 

  • À Toulouse, un surveillant de foyer agressé.
  • À Amiens, un éducateur licencié pour avoir, selon lui, dénoncé des conditions d’accueil indignes.
  • Dans le Nord, une nouvelle plainte pour violences sur enfants placés.

Et dans l’ombre, le coup le plus bas, l’une des parties les plus sombres de ce tableau : c’est l’exploitation sexuelle des jeunes filles confiées à l’ASE.

Prostitution des mineurs : une défaillance de L’Etat ?

Des adolescentes censées être « mises à l’abri » qui se retrouvent jetées en pâture, livrées à des réseaux de prostitution. On retire des enfants à leurs familles défaillantes pour les livrer à la défaillance d’un État aveugle. Selon la députée Isabelle Santiago, l’État doit «  reprendre sa place et assurer la mission de protection qui lui incombe ».

Mais sur le terrain, la réalité brûle : un éducateur confie aux journalistes du Monde que les mineures en fugue « nous échappent », parfois dès 12 ans. En tout, 15 000 mineurs placés seraient concernés (en 2025). Quinze mille.

Et quand la défaillance dure, le drame n’est jamais loin, il frappe sans prévenir : En janvier 2024, Lily, 15 ans, a été retrouvée pendue dans sa chambre d’hôtel où l’avait placée l’ASE près de Clermont-Ferrand. Une plainte a été déposée en juillet dernier.  L’association CDP-Enfance fait état d’ « une prise en charge dans des lieux d’accueil inadaptés à l’âge et à la situation » de l’adolescente, sans encadrement qualifié.

Autre dossier, autre uppercut : Deux présidents des départements de l’Essonne et des Bouches-du-Rhône devront répondre devant le tribunal pour manquement dans la protection de l’enfance, suite à un recours déposé en avril dernier.

  • Libération parle d’un « fléau national ».
  • Ouest-France d’une « pandémie de prostitution ».
  • Et sur France Inter, cette phrase terrible d’un éducateur : « Nous livrons les enfants aux chiens. »

Des destins brisés

Tout cela n’a plus rien d’anecdotique. Le rapport parlementaire d’avril le dit clairement, comme un coup final : « Les politiques publiques de protection de l’enfance ont failli. »

Et ce mot, « failli », claque comme un verdict.

Parce que derrière les chiffres, il y a des destins brisés avant même d’avoir eu le temps de commencer.

  • Parce qu’un enfant placé a deux fois moins de chances d’obtenir un diplôme.
  • Parce qu’un SDF sur quatre est passé par l’ASE.
  • Parce qu’un enfant placé a une espérance de vie plus courte de 20 ans que la moyenne.

 « C’est difficile de s’élever quand on vient de là », ça ce sont mes mots d’Abdenour, un ancien placé.

Alors oui, aujourd’hui, on parle d’un « secteur en crise ». Mais ce mot, crise, est presque trop doux pour ce qu’il recouvre : C’est un combat perdu d’avance si rien ne change : dans les têtes, dans les moyens, dans la posture. Parce que ce sont des vies, ici, qui s’égrènent.

Et pendant qu’on débat, Charly, lui, attend.

Neuf ans, un dossier sous le bras, et l’espoir qu’enfin, quelqu’un l’écoute. Pas comme un chiffre dans un rapport, mais comme un enfant, tout simplement, qui parle pour « tout ces milliers d’autres qui sont toujours dans les foyers ». Ceux qu’on n’entend pas.

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Revue de presse réalisée en novembre/décembre 2025.

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