Ça s’en va et ça revient : le mystère de la faune sauvage des Hauts-de-France

Un loup filmé de nuit près de Cambrai, des castors sur les canaux du Nord… Longtemps rayés de la carte, plusieurs animaux réapparaissent dans les Hauts-de-France. Car oui, la faune sauvage, ça s’en va et ça revient dans la région. Enquête.

Ça s’en va et ça revient : le mystère de la faune sauvage des Hauts-de-France.
Castor, loup, papillons… Ça s’en va et ça revient : le mystère de la faune sauvage des Hauts-de-France. ©AdobeStock/Illustration

Il est presque minuit, près de Cambrai. Une ombre longe un fossé et disparaît dans les blés. Le photographe amateur qui filme la scène ne le sait pas encore : l’Office français de la biodiversité (OFB), l’établissement public chargé de la surveillance de la faune et de la police de l’environnement, va valider ses pressentiments. C’était bien un loup. Le premier observé ainsi, à traverser le secteur.

On croyait ces bêtes rangées dans les livres d’histoire. Pourtant, la faune sauvage revient dans les Hauts-de-France, par les rivières, les haies, les nuits sans lune. 

Le loup, entre crainte et émerveillement

Depuis sa première attestation régionale en 2017, le loup trace des lignes fines sur la carte : la Voix du Nord parle de vingt-cinq observations confirmées par l’OFB et le réseau Loup-Lynx, trois cent quatre-vingts signalements, la moitié dans l’Aisne. Pas une meute installée, mais de jeunes loups qui quittent leur territoire d’origine, traversent la France en solitaire et chassent seuls.

Un loup filmé dans les Hauts-de-France. ©Emmanuel Labadie
Un loup filmé dans les Hauts-de-France. ©Emmanuel Labadie

Dans l’Aisne, la peur a pris de l’avance. Une cellule de veille loup est activée dès janvier 2024, après une attaque de brebis à Housset. Mais se protéger de ces prédateurs a un coût. Emmanuel Fontaine, éleveur à Barisis-aux-Bois et référent loup à la chambre d’agriculture, chiffre à 102 millions d’euros le coût de la pose de clôtures électriques pour protéger les troupeaux dans l’Aisne. De quoi inquiéter les professionnels du monde ovin. « Un jeune éleveur qui s’installe dans un contexte économiquement difficile, avec une contrainte supplémentaire qui pèse psychologiquement, financièrement sur son élevage, c’est difficile. Il faut se mettre à sa place », déplore-t-il.

Au zoo d’Amiens, Christiane, soixante-dix ans, partage ses craintes : « On a vu les dégâts que les loups pouvaient causer en attaquant des bêtes. Je connais un éleveur, je ne lui souhaite pas ça. » Son petit-fils Wassim, neuf ans, voit les choses autrement, « Il y a eu trop d’animaux disparus à cause de l’Homme. S’ils reviennent, c’est peut-être qu’il y a des solutions pour les protéger », sourit-il. 

Pour Sébastien Maillet, salarié de Picardie Nature, l’association qui suit et protège la faune sauvage régionale depuis plus de quarante ans, le loup « joue un rôle essentiel dans le maintien de l’équilibre des écosystèmes et la régulation des ongulés. » Il se nourrit d’abord de chevreuils, puis de cerfs et de sangliers, très peu de moutons. « C’est bien une espèce de chez nous, qui a disparu et qui revient en suivant son petit bonhomme de chemin. » Il rappelle l’histoire : « Il y en avait beaucoup dans les années 1850, avant les primes à la queue », où chaque loup tué rapportait de l’argent à son chasseur.

Le castor, l’architecte invisible

Le castor lui, ne se laisse presque jamais filmer. Discret, on aperçoit seulement ses traces : un tronc rongé en biseau, des copeaux sur la berge. Disparu des Hauts-de-France depuis environ cent cinquante ans, il y est revenu depuis la Belgique. On le suit aujourd’hui le long du canal de Roubaix, de l’Escaut, dans les rivières de l’Avesnois. Un arrêté préfectoral mis en ligne le 11 septembre 2026, porte de 23 à 44 le nombre de communes du Nord où sa présence est désormais jugée avérée et donc protégée.

Au-delà de ces chiffres, le castor a un véritable rôle d’architecte dans le paysage qu’il habite. Le bois mort qu’il abandonne nourrit les insectes, sert de refuge aux poissons et de support aux libellules. Ses barrages ralentissent l’eau, créent de petites zones humides : de véritables puits de carbone. Au zoo d’Amiens, Lisa, dix-neuf ans, s’en réjouit : « J’ai entendu parler du castor. Pour moi, c’est une bonne chose de voir que de nouvelles espèces arrivent. » Mais chez les cultivateurs, tout le monde ne partage pas cet enthousiasme selon Sébastien Maillet.

Mais pourquoi tous ces retours ? « On a bien du mal à comprendre ce qu’il se passe »

En plus du loup et du castor, la cigogne blanche prolifère aussi. Même mouvement chez certains papillons de nuit, la mante religieuse et d’autres espèces encore. « La difficulté, c’est de comprendre pourquoi une espèce avec une certaine spécificité revient, et pas une autre », se demande le passionné.

Exemple frappant : le papillon flambé, disparu de la Somme depuis des années, progresse de plusieurs kilomètres par an. Le papillon gazé, qui a pourtant la même écologie, ne bouge pas. « Est-ce le réchauffement climatique ? Est-ce le milieu qui s’améliore, ou qui se dégrade ? On a bien du mal à comprendre ce qu’il se passe ». 

Le bruit des retours et le silence de ceux qui s’effacent

Trente espèces de papillons sont aujourd’hui menacées dans la région, et 12 % des coccinelles. Le butor étoilé, oiseau furtif des roselières, ne compte plus qu’une dizaine de mâles chanteurs dans la région, contre une centaine dans les années 1980. En cause : la transformation des plaines et l’urbanisation, mais aussi la sécheresse et le climat.  « Il y a l’assèchement des zones humides. Et on pense toujours aux étés plus chauds, mais il y a aussi les hivers plus doux. Certaines plantes ont besoin de plusieurs jours de froid pour proliférer », précise Sébastien Maillet. Il évoque en troisième cause l’arrivée d’espèces exotiques envahissantes mais moins exigeantes qui font davantage souffrir les précédentes.

Un suivi précis

Pour surveiller chaque évolution, la faune suivie est cartographiée et les données rendues accessibles au grand public via ClicNat, la plateforme de Picardie Nature. Des carrés de couleur indiquent la date de la dernière observation d’une espèce, sur un maillage de 25 km². Le dispositif couvre pour l’instant la Picardie ; il doit bientôt s’étendre à l’ensemble des Hauts-de-France, avec les données de l’OFB.

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Une chose est sûre, la question de l’évolution de la faune sauvage dans les départements du Nord reste ouverte et suscite encore la controverse. Côté loups, elle se prolongera le 30 octobre 2026 à Villeneuve-d’Ascq, lors d’un ciné-débat organisé par le Groupe ornithologique et naturaliste des Hauts-de-France.

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